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Lagerfeld Confidentiel - un film de Rodolphe MarconiLagerfeld Confidentiel - un film de Rodolphe Marconi

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Berlinale

Relevé original Conférence de presse

Bienvenue à la conférence de presse du film Lagerfeld Confidentiel, sélectionné à Panorama. C’est un honneur pour moi de pouvoir accueillir le producteur du film, Gregory Bernard. Karl Lagerfeld, bienvenue à Berlin. Et le réalisateur du film, Rodolphe Marconi.

Nous vous proposons une traduction en anglais et en français si vous le souhaitez.

Une question au réalisateur Rodolphe Marconi :

Votre premier film, Stop, s’était vu décerner le premier prix à Cannes en 1999. Vous avez déjà réalisé les longs-métrages de fiction « Défense d’aimer », « le dernier jour », quand avez-vous commencé à penser à réaliser un portrait très personnel de Karl Lagerfeld, et comment avez-vous fait pour le rencontrer ?

C’est une idée qui m’habitait depuis longtemps, plusieurs années, et je l’ai rencontré parce qu’un jour, pendant une interview, j’ai dit que si un jour je faisais un documentaire, ce serait sur lui, et de fil en aiguille, j’ai rencontré Caroline Lebar, qui est la personne qui travaille avec Karl en ce qui concerne toute sa presse etc. Caroline m’a reçu, m’a posé beaucoup de questions et puis on s’est revu plusieurs fois, elle m’a fait comprendre que je n’étais pas le premier à avoir eu l’idée et puis trois mois après, un jour elle m’appelle et me dit que je déjeunais chez Karl le lendemain, à midi. Donc je suis venu chez lui, j’ai attendu deux heures et demi dans la salle à manger et il est descendu et je suis reparti à six heures et le lendemain, j’avais la caméra dans les mains.

Karl Lagerfeld, comment est-ce que c’était pour vous, pourquoi avez-vous précisément permis à Rodolphe Marconi de réaliser ce portrait intime de vous, et décider de tourner avec lui ?

Vous voulez que je vous réponde dans quelle langue ? En français ? En allemand ?

Comme vous voulez.

Ca m’est égal, je veux dire, puisque je suis en Allemagne, je ferai mieux de répondre en allemand, mais, anglais, allemand ou français…

Commencez déjà par l’allemand.

… ça m’est égal. Je trouve toujours ça divertissant d’écouter une traduction et de comparer les deux versions, je trouve ça… amusant ! Et vous savez, entre le moment de la visite de Rodolphe à Carolin Lebar et le premier rendez-vous, j’ai eu le temps de me renseigner sur Rodolphe et j’avais déjà vu son premier film, donc je savais à peu près qui il était. Ensuite, j’ai vu son autre film, « le dernier Jour » et je l’ai trouvé vraiment bien, alors je me suis dit… pourquoi pas ! On me l’a présenté, et c’était un homme sympathique, et… C’est vrai que ce n’est pas si facile, lorsque l’on fait un film sur vous, et que vous avez toujours quelqu’un autour de vous, ou en tout cas très souvent. La seule chose que je n’ai pas aimé lors du tournage, et qui a compliqué la tâche de Rodolphe : je ne supporte pas les micros, et qu’on doit s’accrocher quelque chose à la ceinture, et du coup Rodolphe avait toujours des difficultés avec le son, parce qu’il ne m’entendait jamais assez, parce que je ne voulais pas avoir ce machin sur moi, c’était comme un corps étranger, comme un espèce de pacemaker, et je ne voulais pas de ça.

Ensuite, il a parlé de « midi pile ». Midi, c’est pour moi beaucoup trop tôt pour inviter quelqu’un à déjeuner, donc je n’invite jamais quelqu’un si tôt le matin. Mais je suis en permanence en retard, c’est le drame de ma vie, et je suis toujours en retard parce que… je suis resté avec lui jusqu’à 6 heures, donc ça veut dire que s’il avait attendu deux heures, on a quand même passé 4 heures ensemble, ça permet déjà de bien faire connaissance.

M
Je trouve l’ouverture du film très belle, la porte de l’appartement est ouverte et la caméra n’ose pas rentrer, jusqu’à ce que Karl Lagerfeld l’invite à le faire « venez donc ». Ce respect, et cette confiance, ces deux… Comment les choses se sont-elles développées à partir du moment de votre rencontre ? Cela donne au film son équilibre, entre respect et confiance.

KL
Pas trop de respect ! Avec que du respect, on n’a pas de film, hein.  On ne peut pas faire de film avec que du respect, il faut aussi avoir de la liberté, même si ensuite on peut nous le reprocher.

RM
Quand j’ai rencontré Karl, l’image de Karl qu’on pouvait avoir à travers la télé, etc, avait déjà considérablement changé. C’est-à-dire que dans les années 1980, ce qui me fascinait beaucoup chez lui, c’est la façon dont il pouvait dire ce qu’il pensait et tout le monde trouvait ça génial et qu’il avait une image pas forcément sympathique, de quelqu’un qui traçait sa route et… Et quand j’ai commencé le film, forcément j’ai commencé à le traiter avec un peu de respect, puisqu’on n’arrive pas comme ça, on peut pas entrer non plus…moi je voulais explorer une partie de sa vie, voilà. Et le respect, c’est peut-être aussi quelque chose qui se gagne et qui était peut-être aussi mutuel, enfin je ne sais pas. Dès le premier jour, Karl m’a beaucoup respecté. C’est moi qui demandais la chose, donc de toute façon, j’allais pas arriver comme ça, frapper à la porte…
Le jour où pour la première fois je suis rentré dans la chambre, c’était au bout de trois semaines de tournage, c’était pas le lendemain.

Combien de temps avez-vous passé ensemble pour le film, en fin de compte ? Cela s’est étalé sur quelle période ? Combien de temps avez-vous… ?

RM
Entre la première rencontre et la fin du tournage, il s’est écoulé deux ans, pratiquement. Mais je n’ai pas tourné pendant deux ans. La première année, j’ai tourné beaucoup, et ensuite j’ai commencé le montage, et de temps en temps, pour pas que le film se démode, j’y suis retourné un petit peu… Et puis c’est vrai aussi que un an avec lui, la vie vous paraît un peu fade quand vous arrêtez, donc j’étais assez content… de pouvoir continuer.

M
Il y a 270 heures de rushes, comment avez vous fait votre sélection ? Cela a sûrement été compliqué, d’arriver à une heure et demi de film ?

RM
Oui, la monteuse en parlera mieux que moi… Il y a des moments où c’était vraiment difficile puisque le fait d’avoir commencé le film sans savoir où j’allais, c’était à la fois un choix pour moi, puisque je voulais explorer une nouvelle façon de faire un documentaire, j’avais pas du tout envie de… je ne voulais pas répondre à des normes ou à des critères où l’on sait que quand on va voir un documentaire, il va se passer ça ou ça ou que ça se fait comme ça ou comme ça. Ce que je voulais, c’était ne surtout pas savoir ce que j’allais filmer, ne surtout pas savoir qui il était ou ce que j’allais voir ou entendre, et essayer d’aller en effet au plus près. Je dois dire qu’il était assez patient. Quand moi je faisais le film, je ne me rendais pas compte, je faisais un film, donc forcément, je ne pensais qu’à moi et à mon film, quoi. Enfin… qu’à moi… Il se trouve que, avec la distance et le recul, c’est vrai, je me dis, comment il a fait pour, en effet, que je sois là, tous les matins, derrière lui, à des moments, on peut même pas aller pisser… mais bon, il faut une certaine distance pour se rendre compte de ça. Sur le moment, vous ne pensez qu’à votre travail.

Monsieur Lagerfeld, vous êtes allé en salle de montage ? Etiez-vous impliqué dans le montage du film ou bien… vous êtes vous tenu à distance ?

KL
C’est un film de Rodolphe Marconi, c’est pas un film de Karl Lagerfeld. Cela reflète qui je suis. Ce que je souhaite montrer. C’est ça. Parce que cela correspond à  une certaine vérité. Mais je n’ai rien eu à voir avec le montage. Non non, non, ça ne se fait pas, je trouve. Et puis je n’y connais rien. Comment s’y retrouver dans 300 heures de film, je ne sais pas, d’ailleurs je me serais endormi devant moi-même, je ne peux pas regarder ça pendant tant d’heures, je veux dire… Je connais trop l’histoire, je sais ce qu’il y a là-derrière, hein.

GB
Je peux vous confirmer que effectivement, M. Lagerfeld n’est intervenu qu’à la fin du film pour le visionnage et qu’il l’a accepté tel qu’il était, la version qu’a proposé Rodolphe.

KL
Bah oui, de toute façon, c’était pas une commande, c’est pas moi qui avais commandé le film, c’est pas un film commandé par moi, donc il a fait un film, il me l’a montré, à part une histoire de générique, parce qu’une image je ne sais plus ce que c’était, c’était rien du tout, on n’a rien changé du tout, je ne me souviens même pas d’avoir enlevé quelque chose, hein. De toute façon, ou on accepte, ou on accepte pas, mais si on a accepté, il faut se laisser faire. Si on se dit, à ce plan, j’aurais pas du faire ça, ça, il aurait fallu le faire autrement, mais… voilà, c’est comme ça. Un film est un film. Et moi je ne suis pas un acteur. Ca, je n’ai pas le droit de l’oublier. Je suis le sujet, mais je ne suis pas l’interprète.

 

M
Qu’avez-vous pensé du film ?

RM
Ça c’est vrai, c’est très important. Tout le film a été fait, vraiment, sur le vif, et qu’il n’y a pas un seul moment, et je crois que cela se sent, dans le film, où ce soit préparé ou médité, ou quoique ce soit. J’avais la caméra, c’était difficile parce pour pouvoir être au plus près de lui, j’avais pris le parti pris de ne pas faire appel à une équipe, donc, c’est moi qui faisais le son, qui posait le micro, des matins ça lui plaisait, d’autres, il n’avait pas envie d’avoir un micro sur lui, donc… mais voilà, quand j’avais pas de son, j’avais pas de son, c’est tout. Et on avançait comme ça. Mais à aucun moment, je ne lui ai dit « vous pouvez redescendre encore l’escalier, parce qu’on n’a pas… parce que ça s’est pas bien passé, quoi ». Tout ce qui est dans le film, ça a été pris comme ça. Et il n’y avait jamais de « deuxième prise ».

KL
C’était bien pour moi, parce que je ne parlais pas trop, et s’il était venu avec tout un groupe de techniciens pour la lumière et le son, alors, ça n’aurait pas marché. Rodolphe, je pouvais supporter de l’avoir auprès de moi. Mais tous ces inconnus, je n’aurais pas voulu, pour le film. Je l’ai fait, parce que je le voulais bien, mais pas parce que j’étais obligé !

M
Le film parle de votre passé, ça vous a fait quel effet, M. Lagerfeld ? Quand vous voyez des images de votre tout premier défilé Chanel ? Des scènes de vos créations artistiques dans le passé.

KL
C’était comme quelque chose qui n’a rien à voir avec moi. C’est comme si… j’oublie, oublieux et négligent en ce qui concerne mon propre passé. Je n’ai aucune, ou quasiment aucune estime pour ce que j’ai fait dans ma vie, parce que dans ce métier, il faut en permanence refaire ce que l’on a déjà fait, chaque année, et plusieurs fois. Et je ne veux pas qu’on me rappelle « ah c’était mieux avant, etc., etc. » Je ne souhaite pas comparer, et surtout pas avec moi. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est aujourd’hui, et le passé, c’est le passé. Ce qui n’est plus, cela m’est égal de toute façon, et qui sait ce que le futur va nous apporter. Le futur, c’est le temps qui nous reste.

M
Rodolphe Marconi, comment avez-vous cherché dans les archives ? Tout ce qu’on voit dans le film, et les livres, et les vêtements ? Comment trouve t’on des photos précises ?

RM
On cherche…

M
Combien de temps ?

 

RM
Tout le temps du tournage, en fait. Au départ, je ne voulais pas de documents, je voulais pas de photos, je voulais que ce soit juste…2005-2006, et puis j’avais envie de ce moment, pas pour parler du passé, mais juste pour l’idée d’une image et je ne voulais pas que ce soit commenté, tout comme je ne voulais pas qu’il y ait marqué… quand on était à NY, qu’il y ait marqué « NY », comme on voit d’habitude. Et c’est pour ça que j’ai voulu faire cette séquence, pour dire « voilà, il était comme ça, il avait les cheveux longs, il a été… il a fait du body building, il a été entouré de telles et telles personnes… » Et j’ai trouvé des photos les unes après les autres, c’était un peu décousu.

M
C’est merveilleux de voir que le film ne repose pas sur un concept, pas dans le sens où vous vous y tenez chaque jour et chaque semaine, mais que vous vous laissiez quelque peu entraîner, et toujours de nouvelles rencontres, et réagissiez simplement à ce qui vient dans la conversation, peut-être que cela vous a demandé beaucoup.

RM
Il y a plusieurs questions. Par quoi je commence ? Les moments les plus surprenants ? J’ai envie de vous dire… j’ai pas très envie de les… Je pense que le film parle mieux que moi de ça, déjà et puis c’est vrai que c’est quelque chose qui a été assez intense et j’ai du mal à le partager. Il y a eu de beaux moments. Evidemment, les plus beaux moments, les plus intenses, c’est les moments où on était je ne sais pas, par exemple, à Biarritz, parce que là il était tout seul et que du coup, Karl n’est pas, ne peut pas être le même quand il est avec 20 personnes chez Chanel autour de lui ou en train de prendre des photos dans la rue et tout le monde lui saute dessus et quand il est dans le jardin… J’ai pas très envie de partager ça… Mais de toute façon, tous les moments étaient intenses… Avec Karl, il n’y a jamais trop de… l’intensité ne baisse jamais… A partir du moment où il arrive le matin ou à midi, c’est non-stop jusqu’à la nuit suivante, en général.

M
M. Lagerfeld, est-ce qu’il y a eu des moments où vous vous êtes surpris vous-même, lorsque vous avez regardé le film ? Est ce que Rodolphe Marconi vous a surpris ?

 

KL
Et bien, je savais que l’on me filmait, ce qui influençait l’atmosphère. Je connais le travail de Rodolphe, je savais à peu près ce qui allait en ressortir. Je ne saurai vous dire si j’ai été surpris, de toute façon on a une idée fausse de soi-même. Je ne suis même pas sûr qu’on doive regarder ses propres films. On voit des choses que les autres ne voient pas, on voit toujours uniquement les défauts, etc, les autres les voient peut-être aussi, mais cela ne les concerne pas de la même façon que la « victime » elle-même, et dans le cas présent, la victime, c’est moi… bien que je ne me perçoive pas comme tel ! Ce qui me plaît particulièrement dans le film, c’est qu’il ne s’agit pas d’un documentaire où l’on devine où se passe telle chose… ou… au contraire, c’est plutôt mystérieux. Nous sommes allés à Tokyo. Mais lors du montage du film, il n’est rien resté de cette séquence. Mais on ne s’en rend pas compte.
En fait, ce sont principalement les scènes de nuit. Avec la lumière du jour, c’est à peine… Apparence universelle. Que ce soit Tokyo, New York, Rome ou Paris, cela ne joue en fait pas un si grand rôle, parce que la vie y est à peu près la même pour moi, quoique j’y fasse ou ce que je montre ou laisse voir.

M
Une question au producteur, Gregory Bernard : quand avez-vous fait la connaissance de Rodolphe Marconi ou quand avez-vous été impliqué dans le film ? Etait-ce depuis le début ?

GB
Je connais Rodolphe depuis dix ans et j’admire beaucoup son travail. Je pense que le premier producteur du film, c’est Rodolphe, parce qu’il a porté le projet sur ses épaules en amont, pour la fabrication, pour le tournage. Je suis rentré tardivement dans le projet, j’ai eu cette chance et cet honneur. Rodolphe et M. Lagerfeld, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre et ils ont commencé le tournage avec des moyens très simples. Après, la suite a été plus compliquée, comme c’est souvent le cas dans le cinéma, plus longue, mais la rencontre en elle-même et le tournage, je pense qu’il faut accorder ce crédit-là à la rencontre entre M. Lagerfeld et Rodolphe.

M
Herr Lagerfeld, êtes-vous un perfectionniste dans votre travail, dans votre processus créatif ?

KL
Bien évidemment, il faut être extrêmement précis. Filmer est un travail de précision aussi.

M
Etes-vous toujours nerveux lorsque vous montrez votre nouvelle collection Chanel ? Avec le succès que vous avez ?

KL
C’est comme quand… si l’on a trop fait quelque chose, il faut changer de profession.

M
Et en tirez-vous toujours une leçon, de vos collections ?

KL
Je fais ce que je peux, et je trouve… je ne sais pas, si j’apprends quelque chose de mes collections, mais techniquement, l’on peut toujours s’améliorer, et l’on apprend jamais du succès, mais seulement de ses erreurs.

M
Les doutes sont-ils importants dans le travail ? Pour permettre d’apprendre ?

KL
Je pense qu’il n’y a rien de plus dangereux que d’avoir trop confiance en soi.

3Sat
Monsieur Lagerfeld, vous avez dit que vous avez fait naturellement ce film parce que vous aviez envie et pas parce que vous en étiez obligé. Je serais heureux si vous pouviez donner une introduction sur l’origine de ce désir parce que ce n’est pas qu’un service, cela demande du temps pour accepter la caméra et travailler avec un réalisateur. J’aimerais savoir les raisons de cet engagement.

KL
La première raison qui est aussi la plus simple c’était le fait que je trouvais Rodolphe sympathique et l’idée du film n’étais pas la mienne. C’était Rodolphe qui me l’a présenté et on a commencé aussitôt. Si je l’avais pas aimé du tout, je l’aurais organisé d’une autre manière, le film ne se serait pas fait d’une telle manière, il n’aurait pas pris autant de temps. D’une manière ou d’une autre je pouvais manipuler cette chose. Mais dans le bon sens du mot. Et cela a duré peut-être plus longtemps que ce que j’avais pensé mais c’est là justement le mérite de Rodolphe Marconi. Comme je ne suis pas une personne patiente, il fallait quand - même un certain talent, pour que j’accepte une présence à mes côtés même si je n’en avais pas envie. J’ai tellement de personnes tout le temps autour de moi dans ma vie … et cela peut vraiment beaucoup m’agacer. Mais avec Rodolphe cela n’était pas le cas.

Question inaudible

KL
 Moi j’entends rien avec ce truc, moi j’adore, ça m’amuse à la folie de voir comment c’est…

Je pense que vous avez pas bien compris à cause de ce traducteur mais je parle allemand.

M
Il y a encore une demande.

Je voulais vous poser encore une question… Dans le film il y a beaucoup d’éléments explicites sur votre philosophie de vie. J’ai compris que vous disiez, « le passé est passé », on a des résultats et il ne faut pas s’y attarder, mais un film, un portrait sur vous, c’est comme arrêter le temps. Ce film pourrait devenir aussi un monument quelque chose dont vous parleriez à l’avenir « C’était le passé ». » Est-ce que cela vous dérange ? Est-ce que c’est quelque chose qui vous préoccupe ? Et qu’il y ait maintenant ce film, une figure de Karl Lagerfeld, qui est maintenant là peut-être pour toujours ?

KL
Non, ce n’est pas du tout comme cela. Ce film date d’une période précise, vous pouvez le nommer un monument, mais pour cette période. Aujourd’hui je suis quelqu’un d’autre. Des guerres, les années de la guerre, ne sont pas pour les années d’après-guerre.
Pour moi cela ne veut pas dire oublié, mais je n’ai aucune référence à cette personnalité créé dans le film et c’est moi. Je suis cela et je suis quelqu’un d’autre, je me développe dans le bon comme dans le mauvais sens, j’en sais rien. Mais la bataille continue.

GB
Justement c’est une parenthèse d’un an dans la vie de M. Lagerfeld et dans cette parenthèse, vous voyez tout M. Lagerfeld, tout son passé, mais vous voyez aussi tout ce qu’il peut devenir et toutes les choses à composer par la suite, il n’y a pas de… c’est pas justement un portrait ou un documentaire ou une synthèse, c’est vraiment une promenade avec lui.

KL
Il y a aussi des choses dans le film qui n’existent plus aujourd’hui, que j’ai échangé pour d’autres choses. Par exemple la maison à Biarritz aussi belle qu’elle était, d’un coup elle m’a plus correspondu. Je voulais quelque chose d’autre et j’ai fait quelque chose d’autre. Dans cette relation je suis tantôt très superficiel ou bien disons je m’occupe beaucoup de la surface ce qui n’est pas forcement la même chose. Et ma profession consiste à vivre du changement et comme ca cela me permets de changer avec le look, le lifestyle, les maisons, les intérêts, et entre tout ce qui existe. Le principe de ma vie est le changement. Et là cela devient de nouveau intéressant que Rodolphe ait montré quelques images d’autrefois, ce qui prouve que j’étais un jour aussi quelqu’un d’autre. Je suis ce que vous voyez aujourd’hui mais j’étais un jour différent et peut-être que je deviendrai à nouveau un jour encore différent, qui sait ? Et je trouve cela intéressant. Je suis une sorte de marionnette dans ma propre main.

Une question pour Monsieur Lagerfeld. Vous avez dit que vous n’êtes pas acteur. Mais à quel point voit-on dans votre film le vrai Lagerfeld ou bien à quel point êtes-vous sous votre propre contrôle pendant les tournages ?

KL
Je ne sais pas ce qu’on comprend du vrai Lagerfeld ou de toutes les autres personnes. Mais c’est une manière de se comporter devant les témoins. Et c’est pour cela qu’on ne peut pas dire « le vrai ». Qu’est-ce que c’est la réalité ? Et vous qu’en pensez-vous? … Je ne peux pas en juger. Ma vie quotidienne est comme une scène, sur laquelle je joue tout le temps mais où je n’apprends pas de texte par cœur mais où j’improvise tout le temps et où les évènements écrivent l’histoire.

GB
Justement à la fin du film, Rodolphe lui pose une question comparable et M. Lagerfeld lui répond qu’il ne veut pas être une réalité dans la vie des gens, il souhaite être comme une apparition. J’apparais, je disparais.

KL
Voilà pourquoi je n’ai pas changé d’avis. Je trouve que c’est vrai. Et beaucoup d’autres gens devraient se comporter de la même manière. C’est aussi une certaine pudeur et pas une importunité.

 

Olga, Belarus
J’ai une question pour vous, Monsieur Lagerfeld. Qu’est-ce que la liberté signifie-t-elle pour vous ? La liberté dans votre profession ? La liberté dans votre vie ? et la liberté dans votre créativité ? Merci.

KL
La liberté dans ce cas est due au fait qu’il y a personne qui dise ce que vous devez faire. Je peux me tromper mais je peux faire ce que je veux. Et cela, je pense, est le zénith du luxe. Je ne dépends de personne. Je travaille pour beaucoup de personnes mais je reste libre. Et c’est pour cela que j’adore cette expression « profession libérale ». Le plus important est la profession et la liberté. C’est pour cela que le mot est si important. Oui mais maintenant dans la traduction ce n’est pas vrai. Dans « profession libérale » il n’y en a plus le mot « liberté ». Et c’est pour cela c’est très amusant d’entendre les deux versions. Voilà pourquoi on ne devrait jamais traduire. Toutes les personnes devraient parlers toutes les langues. C’est un jeu de mots. Ce qu’on n’arrive pas à traduire. J’adore les jeux de mots ! Alors, j’avais raison de garder ce machin, qui sait ce qui est dit vraiment.

Bonjour, c’est une question pour M. Lagerfeld, en fait c’est une question sur le festival. Parce que contrairement à d’autres festivals comme Cannes ou Toronto, il n’y a pas vraiment de grandes soirées organisées, tout le glam des grandes soirées, pourquoi est-ce que vous pensez que la Berlinale n’est pas comme ça ? Est-ce que c’est plus business ici ?

KL
C’est que du business ici. Il a quand-même cette réputation … J’aimerais dire quelque chose sur cela, mais il ne faut pas le prendre comme ca, mais avant que je vienne ici j’ai dit : «  que pensez-vous de la Berlinale à Berlin ? » et à cela a été répondu « c’est plus intéressant pour des films, il y a moins de showbusiness et business, c’est vraiment des films pour des films ». C’est comme cela que je le vois. Je ne peux pas juger vraiment mais cette idée m’a plu, qu’il s’agissais vraiment d’un festival ici, où on s’intéresse au film et où les gens qui viennent voir des films ne doivent pas absolument savoir si un film se vend ou pas et ceux qui s’y intéressent ils le savent néanmoins et les autres prennent le plaisir aux films et s’y intéressent. Ce film et tous les autres.

M. Lagerfeld bonjour, c’est la faute de qui, le problème de l’anorexie aujourd’hui  dans le monde de la mode ?

KL
C’est une question à laquelle il est difficile d’y répondre. Cette anorexie dans la mode n’existe quasiment pas. Il n’y a pas un pour cent des ces jeunes filles. On doit avant tout partir du fait que normalement les agences n’envoient pas des jeunes filles avec des vrais problèmes aux photographes et dans les maisons de la mode. Mais cela est aussi une façon de fascisme de dire que vous devez prendre que des plantureuses. Cela on ne fait pas non plus. Et puis on oublie surtout que la nouvelle génération de ces jeunes filles a 14, 15 ans. Elles sont bâties différemment. Elles ont des os fins, et cela les autres le considèrent comme anorexie peut-être à cause d’une certaine jalousie. Au fond elles sont juste très minces. C’est mon point de vue. Je n’ai jamais vu aucun pauvre squelette qui n’arrive à peine à bouger dont les descriptions parlent. Personne m’a montré une telle jeune fille. Et cela peut arriver que quelqu’un ait des jambes minces. Et il y a par exemple des jeunes filles qui à l’âge de 14, 15 ans étaient très minces, parce qu’elles étaient encore des enfants, mais qui sont aujourd’hui à l’âge de 32, 33 ans plutôt plantureuses et essaient de mettre les mêmes vêtements. Et moi je suis si gentil, que je ne vous donne pas de noms. Cela ne veut pas dire qu’elles ne peuvent plus travailler parce que pour les visages c’est mieux des fois. La plupart des jeunes filles que vous voyez dans les Beautyads dans les magazines, ne font pas de défilés de mode, elles ne vendent que leurs visages. Mais à cette époque-là comme la star du film muet Muriel Stummuy le disait à l’arrivée du film parlant : « on n’avait pas besoin de voix, on avait des visages. » Et c’est comme cela.

ZDF/Mode
J’ai reçu de votre part beaucoup de cadeaux, votre inspiration, votre créativité et ma question est donc : Est-ce que vous acceptez aussi des cadeaux vous-même ? J’aimerais vous offrir quelque chose. Merci beaucoup.

KL
Oui, pourquoi pas. Dans votre monde c’est une tradition agréable et très sympathique. On reçoit des cadeaux sans même que les gens essaient de vous acheter, comme on le dit.

KL
Mais cela ne doit pas devenir une conférence de mode, sur la mode. Parlons-nous  plutôt de nouveau du film de Rodolphe.

M
C’est très beau de voir que vous faites souvent des cadeaux. Dans le film on voit un tas de sacs de Chanel.

KL
C’est aussi le danger avec des gens comme moi, que cela dégénère tout de suite avec de la mode, je n’y peux rien. Il y a ce proverbe magnifique, une citation de Richelieu qui dit « une femme qu’on a vue dans un bordel peut être une pute » et moi je viens du monde de la mode, alors je devrais penser quelque chose du monde de la mode.

M
Une tout à fait autre passion de vous est donc la photographie.

KL
Oui, je ne fais pas de films. Je laisse cela plutôt de côté. …

M
Vous avez votre petite camera digitale avec vous, là j’ai vu des petits films, quand on …

KL
Oui, mais ce ne sont pas des films, cela n’a aucune prétention, ce sont des documents pour l’usage domestique.

M
Mais parlons encore une fois de la photographie. A Berlin dans la gallérie C/o il y avait justement une exposition à voir avec 300, 400 photos sur le mannequin Brad Kroenig.

KL
C’est un musée, c’est la seule poste de Berlin dans laquelle se trouve un musée et là il y a une exposition de photo. 600 portraits de la même personne. Et le plus marrant c’est qu’une de mes connaissances qui a vu le show et qui ne savait pas de quoi il s’agissait exactement m’a demandé : « Comment tu as fait à trouver tellement de gens qui se ressemblent si beaucoup ? » «  Et moi je suis gentil et ne vais pas te dire le nom ».

GB
Dans le film justement, on a des scènes qui représentent M. Lagerfeld en train de prendre en photos ce modèle, notamment à Biarritz. Donc c’est une période qui continue encore, je crois, de prise de photos, deux ans ou trois ans de photos.

KL
Quatre. Quatre ans. Mais cela est très intéressant à voir. Quelqu’un qui commence dans un métier, qui est inconnu, presque naif et qui devient ensuite le mannequin le plus recherché au monde. Et cela on ne pouvait pas le savoir initialement. J’ai trouvé cela très intéressant, j’ai vu qu’il y avait un potentiel et qui pouvait d’une manière ou d’une autre cependant arriver à son but, ce qu’il pouvait au fond pas du tout s’imaginer.

Bonjour, j’ai deux questions. Vous avez parlé du fait que l’avenir n’existe pas, si on ne sait pas ce qui va se passer. L’avenir existe mais vous ne savez pas ce qui va se passer. Je ne veux pas vous poser cette question personnelle, si vous croyez en la réincarnation, mais que seriez-vous devenu, si vous n’étiez pas devenu tout cela ? Quelle profession auriez-vous exercé, si vous ne faisiez pas cela maintenant ? C’était ma première question et pour ma deuxième question je vous prie gentiment de définir pour moi, qu’est-ce qu’est la mode? Je suis journaliste pour Bild und Bunte.

KL
On peut en parler pendant des heures. C’est difficile d’y répondre en trois secondes. Alors, je commence par la première question, oui, je n’ai jamais imaginé  faire quelque chose d’autre que ce que je fais. J’ai gagné une compétition par hasard quand j’étais jeune et par conséquent j’ai commencé à travailler très jeune quand j’étais encore à l’école. Surtout initialement je voulais devenir illustrateur ou caricaturiste, enfant je ne savais pas, surtout à cette époque-là qu’on pouvais faire de la mode sa profession. Quand j’ai commencé à travailler dans la mode c’était un monde différent d’aujourd’hui. Mais j’ai élargi cela en faisant aussi des photos et des livres avec Gerhard Steidl et comme ça ce sont trois choses : des livres, des photos et la mode … l’un amène l’autre. Si en fait je faisais que la mode j’aurais trop de temps libre après une collection. Comme je fais aussi les photos des collections, la publicité, ainsi que travailler pour des magazines je reste toujours en contact avec le monde de la mode. Et au fond j’en profite. Et si, comme je l’ai déjà dit, je ne travaillais pas dans la mode et la photo, je serais libraire. Quoi que je sois, au fond je reste un vieux rat de bibliothèque. On voit ici très bien comment la traduction est impossible. Un mot allemand, Bücherwurm, qui n’existe pas en français. Vous avez bien traduit, même si c’est impossible… très amusant, de t’entendre ça.

KL
Non, c’est très amusant. J’ai jamais fait ça, de garder l’écouteur. C’est très amusant, d’écouter d’une telle manière. Je ne veux pas corriger votre travail mais c’est juste que cela m’amuse.

M
Il y a encore une question, comment définiriez-vous la mode pour les gens aveugles ?

KL
C’est quasiment impossible. Il y a deux problèmes. Ceux qui sont nés aveugle  et ceux qui sont devenues aveugles. La vision du monde de ces personnes est quelque chose que honnêtement je n’arrive pas à m’imaginer. Ceux qui ont vu le monde arrivent à se souvenir du monde, et on peux leur expliquer. Mais cela est naturel… on peut faire un dessin. Mais je ne sais pas si on peut lire les dessins de braille. Je ne peux pas juger cela, je le sais pas. La vraie mode, et il n’y pas seulement la mode des vêtements, par exemple, il y a aussi des parfums qui ont encore un tout autre sens, comme nous qui arrivons à voir aussi. Et les gens aveugles éprouvent peut-être mille fois plus que nous l’évolution de la mode dans le parfum. Le problème visuel franchement je ne peux pas en juger. Mais est-ce que vous pouvez m’expliquer la différence entre ceux qui sont né aveugle et ceux qui sont devenus aveugles ? Comment est-ce dans la vie de ces gens ?

Journaliste
Il y a pour ainsi dire une vision qui s’arrête et une nouvelle vision qui ainsi commence. Alors, c’est comme vous le dites.

KL
Oui, mais quand il n’y a jamais eu de vision ? Oui, mais pour ceux qui n’ont jamais vu, comment c’est ?

Journaliste
Cela je ne peux pas vous dire, parce que je ne suis pas aveugle.

KL
Oui, mais vous pouvez leur poser la question, puisque vous vous occupez d’une association ? ça, c’est la question qui m’a toujours préoccupé : comment voit-on le monde quand on ne l’a jamais vu ?

 

Journaliste
Je ne parle pas le français

KL
Ah bon. Excusez-moi. Comment est-ce qu’on voit le monde, si on n’a jamais vu ? C’est une question à laquelle je n’ai jamais eu de réponse.

Journaliste
On l’éprouve, on l’éprouve, et c’était cela ce que je voulais dire avec ma question si on peut éprouver la mode ?

KL
Oui oui oui, exact. C’est le vrai drame de l’histoire.

Journaliste
Alors vous ne le sentez pas non plus ?

KL
Mais peut-être ils sont plus heureux que nous, parce qu’ils ne se voient pas vieillir, ils ne voient pas vieillir leur entourage, au fond ils ont une relation idéale à tous les gens, parce que la superficialité leur échappe, ce que nos yeux nous imposent.

Journaliste
Mais cela est aussi intéressant parce que vous-même vous ne voulez pas exiger quelque chose à vos yeux, apparemment du moins, non ?

KL
Oui exactement, peut-être cela est un avantage. Les gens aveugles arrivent peut-être plutôt à connaître la vraie personne que nous, nous qui nous laissons obnubiler par le monde extérieur et par l’apparence.

Stadtradio Göttingen
J’aimerais vous poser encore une question sur vos autres passions. Vos appartements sont remplis de livres, qu’est-ce que cela signifie pour vous et pourquoi est-ce que vous éditez justement vos livres chez nous à Göttingen et chez Steidl ?

KL
À Göttingen chez Steidl, parce que c’est le meilleur éditeur et le meilleur imprimeur qui existe aujourd’hui. Aujourd’hui Gerhard Steidl est vraiment le premier imprimeur de livres d’art dans le monde entier, tous les musées veulent leurs catalogues faits par Gerhard, tous les photographes veulent leurs livres de Gerhard. Et surtout, il imprime tout en Allemagne, il a sa propre imprimerie et il aime seulement cela, sa vie est son travail, sa propre imprimerie. Il commence à travailler à 5 heures du matin et comme nous le savons tous en Allemagne le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt … Mais ici ce n’est pas dans le sens de l’argent mais dans le sens de faire bien et assez, et de bien en profiter.

GB
Les journalistes ont eu de la chance d’avoir un dossier de presse qui a été imprimé par M. Steidl. Donc conservez-le…

 

KL
J’ai toujours adoré les livres, je ne sais pas pourquoi et c’est devenu une maladie pour laquelle malheureusement je ne peux pas et veux pas voir un médecin.

Journaliste
Vous avez parlé très brièvement de votre père, et si je me trompe pas, vous évoquez le fait qu’il devait quitter l’Allemagne, est-ce que vous pouvez raconter un petit peu plus de l’histoire de votre père ?

KL
Mon père a quitté l’Allemagne quand il était très jeune, il est revenu seulement avec la guerre de 1914, parce que les étrangers ne pouvaient pas rester à Vladivostok, donc il était retourné en Europe, sinon il serait sûrement jamais revenu. C’est surtout à cause de ça. Parce que lui, il préférait vivre dans cette partie du monde.

Journaliste
Pourriez-vous parler davantage des rapports entre votre père et vous ? Vous en parlez très brièvement dans le film.

KL
Ce n’est pas un film sur ma famille. Et surtout mon père, c’était dans une autre  époque, on ne doit pas oublier cela, mon père est né en 1880, donc c’étaient des hommes d’un autre monde et il était déjà allé à l’âge de 16 ans à Caracas. Et à cette époque-là cela était vraiment dangereux. Et ensuite il est allé aux Etats-Unis et de là à Vladivostok et là il voulait passer toute sa vie, mais il était obligé de rentrer et au fond il ne voulait pas. Il était quelqu’un de très gentil mais en fait il est toujours resté pour moi un homme d’un autre monde. Aujourd’hui on a l’impression que les gens ont tout à fait un autre contact avec leurs parents. Les fils et les enfants parlent avec leurs pères et etc, cela n’était pas le cas pour cette génération-là. Mais quand par exemple je voulais aller à l’école à paris, il trouvait cela normal. Car pour lui Paris dans les années cinquante n’était pas si dangereux que Caracas en 1896.

Radio Paradiso
Monsieur Lagerfeld, vous avez dit tout à l’heure que comme par exemple vous n’avez pas aimé le son pendant le tournage que vous l’avez senti dérangeant, mais quand il a été placé vous l’avez jamais regretté ? Est-ce qu’il y a avait des moments dans lesquels vous avez regretté d’avoir accepté de tourner ce documentaire ?

KL
Non, je ne l’ai jamais regretté. Non. Et l’appareil je ne l’avais jamais sur moi. Il devait plutôt s’approcher avec un tel system de son. Et parfois il avait même un assistant, je déteste ca. Je me trouvais, vraiment comme une marionnette. Je veux volontairement être une marionnette mais pas avec une batterie.

Dernière question :
Encore une question, s’il s’agissais dans le film de votre vie intime, vous poussez le réalisateur à être un peu plus franc et à ne pas parler d’une manière si … . Est-ce que cela vous a dérangé qu’il n’ait pas été plus direct ou est-ce que vous vouliez vous débarrasser de quelque chose ?

KL
Je suis contre les messages, non, en tout cas je n’aurais pas dit plus de ce que j’ai dit. Un film est donc quelque chose pour le public et aujourd’hui on peut garder quand-même une certaine vie privée, cela fait partie aussi d’une certaine discrétion. Et je ne dis pas plus que ce que je veux donner…

GB
Parfois M. Lagerfeld lui a reproché d’être trop direct, et parfois pas assez, dans le film. Donc vous avez les deux, ça oscille.

KL
Ca dépend ce que Rodolphe a coupé du film, cela je ne peux pas en juger. Je le connais trop bien et pas assez bien.

M
Dans ce sens le film est aussi un dialogue magnifique et je pense que la caméra et Rodolphe Marconi sont aussi les antagonistes du film. Vous le voyez comme ca, Rodolphe Marconi ? Vous en tant qu’interlocuteur et à la fois caméraman et réalisateur ?

RM
Non, justement, pour moi il n’y avait pas euh… ça a été un peu le danger à un moment donné. Pour moi, il n’y avait pas de différence entre moi et la caméra. C’est-à-dire qu’elle était vraiment… c’était un peu un hygiaphone entre Karl et moi mais très vite, on l’a oublié, il y a même parfois, quand j’arrivais le matin et on avait oublié qu’on était là pour faire un film et il fallait que j’attrape la caméra pour me mettre à travailler quand même…

KL
On dit que le meilleur n’est pas dans le film….

M
J’aimerais vous remercier beaucoup.

RM
Voilà c’est ça…

KL
Peut-être …

 

M
Oui, nous terminons la conférence de presse … Merci beaucoup… Gregory Bernard, Karl Lagerfeld et Rodolphe Marconi, merci beaucoup.